A propos du « vêtement de la femme »

Nader

Ce billet contient la transcription intégrale d’un prêche de Nader Abou Anas intitulé « Le vêtement de la femme ». En introduction, j’explique pourquoi j’ai pris le temps de faire ce travail, puis je donne quelques clés de lecture du texte : présentation succincte du prédicateur, indications sur ses sources, règles adoptées pour la transcription, et traduction de quelques termes en arabes qu’il emploie de manière récurrente.

Pourquoi publier ce texte ?

Nader Abou Anas a acquis une certaine célébrité en septembre 2015, à l’occasion de sa participation à une édition spéciale du Salon musulman du Val-d’Oise intitulée « Salon au féminin ». Il était l’un des conférenciers invités à ce salon censé mettre « la femme à l’honneur » dont la présence avait suscité une polémique en raison de propos qu’ils avaient tenus dans des vidéos visibles en ligne. Ces propos avaient en particulier motivé une intervention des Femen, dont l’activisme féministe prend notamment pour cible les idéologues sexistes des religions monothéistes, une intervention à mon sens très bienvenue et parfaitement fondée quoiqu’on puisse penser de ses modalités concrètes.

Toutes les vidéos en ligne contenant les propos incriminés ont été supprimées : les prédicateurs en question ont mené une chasse efficace aux republications, obtenant leur suppression au titre du droit d’auteur. Sans préjuger de ce qui motive ce nettoyage scrupuleux, force est de constater que cela permet de les défendre en discréditant les personnes ayant dénoncé leurs propos. En effet, on peut ainsi prétendre qu’ils ont été rapportés de manière approximative, ou sortis de leur contexte de sorte à en tordre le sens, et la motivation de ces attaques prétendument malhonnêtes est ensuite toute trouvée : une xénophobie ou un racisme anti-musulmans qu’on nomme « islamophobie ».

C’est cette stratégie rhétorique qu’a employé Marwan Muhammad, directeur exécutif du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), pour prendre la défense de Nader Abou Anas et de Rachid Abou Houdeyfa, deux compagnons de route assumés du CCIF visés par la polémique.

Selon Marwan Muhammad[1], il s’agissait d’une polémique « pathétique », d’un « procès en règle » organisé par « [l]es mêmes islamophobes qui, à chaque fois que la lune est visible, doivent faire recette en trouvant une nouvelle façon de problématiser les musulmans ». Ironisant sur le « soudain » investissement féministe des détracteurs des « deux imams » et sur leur souci d’ « émanciper des femmes musulmanes qu’ils passent le reste de l’année à diaboliser », il prétendait que les deux prédicateurs « retransmett[ai]ent systématiquement sur internet toutes leurs conférences, tous leurs prèches, tous leurs discours », et regrettait que leurs propos soient déformés au moyen de « montages à charge ». Il regrettait également qu’on ne relève pas leur remarquable engagement en faveur des femmes (« ordonnant de les aider à accéder à l’éducation, de les traiter de la meilleure des manières, avec douceur et bienveillance »), et qu’on ait « recours à des moyens malhonnêtes pour diaboliser les boucs émissaires salafis à qui on demande en même temps d’être les travailleurs sociaux chargés d’éponger nos injustices ».

J’ai conservé certaines des vidéos dans lesquelles ces prédicateurs tiennent des propos pour le moins problématiques, en particulier parce qu’exactement comme ceux du pape Jean-Paul II, de ses successeurs et d’une bonne partie du clergé catholique, ils invitent à la fois au nom de Dieu et au nom de la nature à une révolution conservatrice profondément sexiste dont je scrute les développements depuis des années. Ce phénomène est bien identifié dans sa version catholique par les sociologues du genre, ainsi que par les militants féministes et LGBT, mais il tend à être minimisé par les mêmes dans sa version islamique : que ce soit par simple ignorance, par racisme bienveillant ou par peur de passer pour islamophobes, il est soit prêté aux seuls extrémistes dont les discours seraient anecdotiques, sans conséquences notables, soit au contraire jugé compatible avec un féminisme et un progressisme qui seraient « adaptés » aux personnes de culture musulmane.

Estimant qu’il est important de participer à la mise en lumière de ce phénomène, extrêmement irritée par l’immense malhonnêteté intellectuelle du CCIF et de la mouvance islamiste à laquelle il appartient,  et effrayée autant par l’efficacité de leur propagande que par celle du discours de prédicateurs dont l’offre idéologique sait si bien répondre à la demande de nombreux jeunes, j’ai décidé de publier la transcription de ces vidéos afin de mettre à disposition une trace objective de leur contenu. C’était aussi l’occasion de mettre à profit ma connaissance de la langue arabe et de la culture musulmane certes modeste, mais néanmoins susceptible d’être utile à nombre de personnes qui prétendent respecter cette culture (voire qu’il faudrait m’enseigner son respect[2]) alors qu’elles l’ignorent à peu près complètement.

Constatant qu’aucune des vidéos qui avaient fait scandale n’était encore en ligne, j’ai réalisé que je risquais de voir mon effort réduit à néant par un autre argument parfois opposé aux détracteurs de ces prédicateurs : il s’agit de vieux prêches dont ils ont regretté la maladresse, qu’ils ont fait supprimer du web pour cette raison, et il est malhonnête de ressortir ces vieilles choses pour les discréditer alors qu’ils font un boulot irréprochable depuis des années. J’ai donc recherché d’autres vidéos toujours en ligne, publiées par leurs soins (et donc non susceptibles d’être des « montages à charge ») et ayant eu une diffusion notable.

« Le vêtement de la femme »

C’est ainsi que j’ai trouvé cette vidéo d’un peu plus de 23 minutes intitulée « Nader Abou Anas – Le vêtement de la femme », publiée sur sa chaîne YouTube officielle le 28 décembre 2011[3]. Début février 2017, cette vidéo manifestement totalement assumée par Nader Abou Anas et ses soutiens affichait plus de 108 000 vues au compteur. Il entend tout simplement y expliquer « comment la Musulmane doit s’habiller ». Car « la Musulmane n’a pas à vivre comme elle veut », ni à adorer Allah « comme elle le veut, mais plutôt comme Allah le veut ». Et ce que veut Allah (« toutes les paroles qui vont être citées ne seront que « Allah a dit » »), Nader a la bonté de prendre le temps de l’expliquer à ses « sœurs » pour leur bien, pour leur éviter le « feu de l’enfer ».

Les propos qu’il tient dans cette vidéo sont sans doute moins spectaculaires que ceux qui avaient choqué en 2015 – pour mémoire, entre autres, Rachid Abou Houdeyfa expliquait qu’une femme sortant sans hijab était sans pudeur et sans honneur, et ne devait donc pas s’étonner d’être utilisée comme un objet par les hommes[4], et Nader Abou Anas professait que Dieu avait ordonné aux femmes de rester dans leurs maisons et de se soumettre sans se plaindre aux desideratas notamment sexuels de leurs maris[5]. Mais c’est finalement mieux ainsi. En effet, ce qui est donné à voir dans cette vidéo relève de la propagande ordinaire de ce prédicateur et de bien d’autres, une propagande dont le message principal – « ma sœur, sache que tu dois porter le hijâb » –  a évidemment un rapport direct avec la diffusion de cette pratique.

Car faut-il le rappeler ? C’est bien parce qu’il est perçu comme relevant d’une prescription religieuse que tant de musulmanes portent le « voile » (islamique) ou « hijâb », qui n’est ni synonyme de « foulard », ni un simple vêtement traditionnel comme certains semblent ou font mine de le croire, mais un accessoire ayant spécifiquement pour fonction de cacher, occulter, masquer au regard d’autrui[6]. Et c’est en particulier par ce genre de prêches circulant sur Internet que tant de jeunes converties ou réislamisées vivant en France se laissent convaincre de faire ce choix[7], un choix dont on conviendra qu’il est d’un genre un peu particulier puisqu’il s’agit alors de choisir d’obéir à ce qui est présenté comme une prescription religieuse et plus encore : un commandement divin.

Sans doute faut-il aussi rappeler qu’à l’image de ce que fait ici Nader Abou Anas, cette prescription est traditionnellement présentée comme découlant de la connaissance (divine) de la faiblesse des hommes face à leurs pulsions sexuelles, qui seraient immanquablement réveillées par certains signaux émis par les femmes. C’est la raison pour laquelle certains musulmans se sentent autorisés à faire de violents rappels à l’ordre aux femmes présumées de culture musulmane en raison de leur apparence physique (des rappels à l’ordre non seulement sexistes mais aussi racistes, donc), jugées « provocantes » dès lors qu’elles ne portent pas le voile islamique en présence d’hommes étrangers à leur famille, et ces rappels à l’ordre ne sont évidemment pas non plus sans effets. Comme le souligne Nader Abou Anas, porter le voile peut malheureusement s’avérer être la seule solution pour être « respectées dans la rue », c’est-à-dire ne pas être harcelées ou insultées, voire ne pas se faire cracher dessus.

Cette vidéo est également intéressante pour ses autres injonctions faites aux femmes, que ce soit pour leur éviter de commettre de prétendues provocations à caractère sexuel (ex : une femme doit baisser le regard dans la rue, une femme ne doit pas se parfumer hors de sa maison) ou pour d’autres raisons (ex : une femme ne doit pas s’habiller comme un homme), mais vous les découvrirez par vous-même. Avant cela, voici quelques clés de lecture du prêche.

Qui est Nader Abou Anas, et à quelle école ou mouvance islamique appartient-il ?

Pour présenter l’auteur de ce prêche, signalons tout d’abord que « Abou Anas » n’est pas son véritable nom – que j’ai échoué à trouver. Il s’agit d’un surnom adopté soit pour se présenter en tant que père de son fils aîné, conformément à une tradition patriarcale encore vivace dans le monde arabe, soit en référence à un illustre « pieux prédécesseur » comme il est de coutume dans le courant salafiste (celui-ci étant alors sans doute Anas ibn Malik, auquel il a dédié une conférence).

Nader Abou Anas se définit comme musulman « d’aucun groupe particulier »[8], prenant comme sources le Coran et la Sunna, suivant « principalement » les avis de l’école malékite pour la jurisprudence et revendiquant « surtout l’attachement au juste milieu (al wassatiyya) en réfutant tout excès et toute négligence ». Son attachement également revendiqué à la Sunna « et aux enseignements des pieux prédécesseurs » invite à le ranger parmi les salafis, ce que fait d’ailleurs Marwan Muhammad dans le texte cité plus haut. De plus, Abou Anas déclare que son « grand amour pour la religion » lui a été « transmis par Cheikh Hassan Bounamcha », un imam régulièrement décrit comme faisant partie du courant salafiste (et dont comme celui de Nader Abou Anas et de Rachid Abou Houdeyfa, le CCIF affiche également fièrement le soutien[9]). En même temps, Rachid Abou Houdeyfa et lui sont traités de faux salafis dans des « mises en garde » salafistes qui circulent contre eux sur Internet, et il est décrit sur des forums de discussion religieux comme étant plutôt proche soit des Frères musulmans (mouvement politico-religieux visant à instaurer des républiques islamiques dans les pays à majorité musulmane et à en islamiser d’autres), soit du Tabligh (mouvement missionnaire fondamentaliste issu du sous-continent indien). Cette dernière hypothèse me paraît plus probable[10], mais peu importe : tous ces mouvements partagent la même matrice idéologique, à savoir une interprétation conservatrice, puritaine et rigoriste du Coran et de la Sunna, justifiant en particulier des inégalités de traitement et de droit entre femmes et hommes (en défaveur des premières), et plus généralement des contraintes pesant spécifiquement sur la vie des femmes.

Nader Abou Anas dit consacrer « la majorité de son temps » à l’apprentissage des « sciences islamiques » et à la « propagation du message de l’islam » depuis le début des années 2000. A ce titre, il a créé en 2007 le site dourous.net, sur lequel sont publiées certaines de ses « conférences » ou « cours » (durûs en arabe) – en fait des prêches –, et il est également « conférencier à la mosquée Al-Imane du Bourget ». Il est aussi président de l’association D’clic, créée en mai 2010 « suite à une prise de conscience collective sur l’état des jeunes de notre communauté, et l’absence de structures leur permettant de s’impliquer socialement dans un cadre sain et conforme à notre religion », et directeur de l’institut du même nom. Cet institut situé à Bobigny prodigue des cours d’arabe, des cours de « sciences islamiques » et « des cours de Coran, avec des classes séparées hommes, femmes et enfants à partir de 4 ans », selon un programme basé « sur celui de la madrassah de Cheikh Ayoub ». Il propose également aux convertis un « accueil et un suivi adapté », et organise des activités pour les enfants pendant les vacances scolaires. Selon Nader Abou Anas, l’auditoire de D’clic est « principalement composé de jeunes », et le but de ses conférences est « d’éduquer la nouvelle génération de musulmans ».

En bref, Nader Abou Anas est un prédicateur fondamentaliste, au sens où il promeut une interprétation très conservatrice des textes fondateurs de l’islam, mais ce n’est ni un « imam des caves », ni un « imam 2.0 » qui ne bénéficierait d’aucune reconnaissance. Loin d’être jugé infréquentable, il était l’un des invités vedettes du Salon musulman du Val-d’Oise de 2015, il fait partie des soutiens assumés du CCIF[11], et comme le souligne Marwan Muhammad dans le texte cité plus haut, ses conférences sont « suivies par des dizaines de milliers de personnes ».

 

Les sources sur lesquelles ce prêche est basé

Dans ce prêche, Nader Abou Anas cite explicitement les deux sources qui constituent les textes fondamentaux de l’islam : le Coran et la Sunna tels que fixés par la tradition. Le Coran (« récitation ») est censé contenir la retranscription de la parole de Dieu telle que dictée directement en arabe par l’ange Gabriel au prophète Muhammad entre 610 et 632. La Sunna (« conduite ») comprend quant à elle les dits et gestes du Prophète et de ses proches rapportés par la tradition, appelées hadiths. Les hadiths sont censés indiquer une conduite à suivre car le Prophète est désigné comme modèle dans le Coran.

Il n’existe du Coran aucune trace écrite de la main du Prophète ou de l’un de ses compagnons. Selon la doctrine traditionnelle, le Prophète, illettré, a mémorisé les versets dictés par l’ange avant de les réciter à ses compagnons, qui les ont alors copiés par morceaux sur divers matériaux. Regroupés ensuite sous forme de recueils, il en circulait des versions divergentes, et selon la tradition ce serait le calife `Uthmân (mort en 656) qui aurait imposé l’une d’elles. Quoi qu’il en soit, les plus anciens exemplaires connus, datant de la deuxième moitié du VIIème siècle, sont incomplets et ambigus du fait de l’absence de notation des voyelles brèves et de points permettant de différencier certaines consonnes. La version qui s’est imposée ne présente pas ces défauts, mais reste néanmoins parfois obscure et toujours soumise à interprétation : « Tous ceux qui maîtrisent la langue arabe savent qu’il est extrêmement difficile de comprendre le Coran et que sa traduction passe pour être une vraie gageure »[12].

Il n’existe de la Sunna aucune trace écrite contemporaine du Prophète. La collecte des hadiths n’a commencé qu’à la fin du VIIème siècle, et elle s’est prolongée au cours des siècles suivants. Les six principaux recueils de hadiths qui sont considérés comme des références par les musulmans sunnites –  Sahîh d’al-Bukhârî, Sahîh de Muslim, Sunan d’al-Nassâ’î, Sunan d’Abû Dawûd, Sunan d’al-Tirmidhi et Sunan d’Ibn Mâjah – ont été rédigés au IXème siècle. Au contraire d’autres recueils contenant des hadiths assez douteux ou clairement inventés, ceux-ci ont respecté des règles d’authentification basées sur la continuité de la chaîne de transmission et sur l’évaluation de la fiabilité de chaque transmetteur, et ne sont censés contenir que des hadiths dont la chaîne de transmission a été jugée impeccable ou au moins acceptable (quand l’un des maillons de cette chaîne est jugé présenter une défaillance minime), et par conséquent jugés « authentiques » dans le premier cas (sahîh) et « bons » dans le deuxième (hassan).

Au-delà du doute pouvant subsister quant à l’authenticité des hadiths, et du fait que leur compréhension/interprétation peut être tout aussi délicate que celle du Coran, il faut souligner que les quatre derniers des six recueils cités ci-dessus contiennent des hadiths seulement hassan (ce qui n’est pas toujours indiqué par ceux qui les citent), que de nombreux autres recueils plus ou moins fiables existent, contenant des dizaines voire centaines de milliers de hadiths parfois également invoqués, et plus généralement que des hadiths que l’orthodoxie sunnite a jugé douteux ou inventés continuent à circuler.

Dans la retranscription du prêche de Nader Abou Anas, j’ai précisé en note quels étaient les versets du Coran et hadiths qu’il citait ou invoquait, et signalé le cas échéant quand il en faisait un usage particulièrement discutable. Ces remarques ne sont bien-sûr qu’indicatives : personne n’est en mesure de dire quelle est la « bonne » interprétation du Coran et des hadiths, ni d’affirmer que tel hadith ou même tel verset du Coran est parfaitement authentique, au mot près, dans la version qui nous est parvenue. J’attire simplement l’attention sur le fait qu’il est possible de faire dire à peu près ce qu’on veut à ce corpus de textes fondamentaux, d’une part en y piochant les passages qui arrangent, et d’autre part soit en en faisant une lecture littérale alors qu’on pourrait arguer qu’il faut les interpréter en tenant compte du contexte de leur révélation ou rédaction, soit en suivant une interprétation fixée par une certaine tradition alors qu’on pourrait arguer que cette interprétation est elle-même à remettre dans son contexte. C’est notamment ce à quoi s’attache le féminisme islamique[13], qui comme le féminisme chrétien propose de nouvelles interprétations des textes fondamentaux et conteste la validité de certains d’entre eux – et qui n’a absolument rien à voir avec le mouvement militant parfois qualifié de féministe réclamant de manière obsessionnelle l’abrogation de la loi de 2004 (censée relever d’un pur et simple « racisme d’Etat »), afin que les filles puissent porter le voile islamique dans les écoles, collèges et lycées publics, et ainsi obéir à une prescription sexiste.

 

Conventions de transcription et traduction de quelques mots et expressions arabes

La transcription qui suit respecte scrupuleusement les paroles prononcées, fautes de syntaxe incluses[14], et sa ponctuation tente de rendre compte au mieux des intonations du prédicateur. En revanche, les sauts de paragraphe correspondent à un choix de découpage fait par moi pour faciliter la lecture et non à des poses faites par Nader Abou Anas.

Les mots en arabe sont en italiques, transcrits phonétiquement de manière simplifiée. L’accent circonflexe signale une voyelle longue, la lettre « u » correspond au son « ou », et l’apostrophe (« ‘ ») à un coup de glotte avant une voyelle, marqué en arabe par une consonne inexistante en français. A part la lettre « ` », qui rend compte de la consonne `ain ressemblant au r grasseyant parisien, je n’ai pas utilisé les caractères spéciaux normalement utilisés pour différencier les consonnes dures des douces, rendues ici par les consonnes latines de sonorité la plus proche.

Les mots, expressions consacrées ou citations en arabe utilisées une seule fois sont traduites entre crochets ou via une note lorsque nécessaire. J’indique ci-après la signification de celles qui sont utilisées de manière récurrente.

  • w-Allâhou w-Allâhi : « par Dieu » (interjection).
  • `alayhi sallat wa sallam : « prière et salut sur lui ». Cette expression est tirée du verset 56 de la sourate 33 du Coran qu’on peut traduire ainsi : « Dieu et les anges bénissent le Prophète. Ô vous les croyants, priez sur le Prophète [bénissez-le] et adressez-lui vos salutations ». Selon la tradition, ce verset invite à ne jamais citer le nom du Prophète sans envoyer sur lui la prière et le salut, ce que ne manquent pas de faire les auteurs des hadiths et ceux qui tiennent à afficher ainsi leur dévotion.
  • subhânahu wa ta`âla : « gloire à lui, qu’il soit loué », ajouté après « Allah » (pour afficher sa dévotion).
  • radhî Allâhu `anhâ : « que Dieu l’agrée » (ici en parlant d’une femme). Ajouté après le nom d’une épouse ou d’un compagnon du Prophète (idem).
  • bi-idhni-llâh : « avec la permission de Dieu » (pour afficher son respect de la toute-puissance divine).
  • in châ’ Allâh : « si Dieu le veut » (idem).
  • harâm : « interdit » ou « illicite » dans ce contexte.
  • hijâb : « cloison », « écran », « paravent », « rideau » ou « voile », au sens de quelque chose qui cache, occulte, empêche de voir. Il est important de noter que pas un seul des trois versets du Coran pouvant être invoqués pour justifier l’injonction faite aux femmes de porter un vêtement ou tissu particulier ne contient le mot « hijâb »[15]. En outre, les vêtements ou tissus en question ne sont jamais décrits comme devant couvrir la tête, les cheveux, les oreilles ou le cou. Voir les précisions faites en notes sur les versets cités par Abou Anas.

Transcription de la vidéo-conférence

[Chants, puis Invocations d’ouverture en arabe : au nom de Dieu, etc. A l’écran s’affiche « DOUROUS.net », « Une étincelle de Science sur le net », puis « Le vêtement de la femme ». Nader Abou Anas apparaît ensuite, seul, assis devant un décor fait de silhouettes de mosquées dessinées. Il est vêtu d’un qamis et d’un bonnet blancs, et arbore une barbe avec la lèvre supérieure rasée. Il parle dans un micro posé sur la table qui est devant lui, sur laquelle se trouve également un ordinateur portable ouvert auquel il jette parfois un coup d’œil. La table est recouverte d’une nappe blanche sur laquelle sont imprimés en grosses lettres « dourous », « Une étincelle de Science sur le net » et  « association D’CLIC ».]

[00:29] Mes chères sœurs. Je m’adresse à mes sœurs aujourd’hui car ce sujet est un peu délicat. Ce sujet n’est pas apprécié par certaines de nos sœurs, mais w-Allâhi Allah en témoigne, w-Allâhi w-Allâhi w-Allâhi, que si j’ai choisi aujourd’hui de vous faire ce rappel mes sœurs, ce n’est que pour votre bien. C’est pas pour vous embêter, et d’ailleurs, les paroles qui vont être citées ne seront que « Allah a dit », et le Prophète `alayhi sallat wa sallam.

[00:55] Ma sœur, en Islam, tu es un trésor. Tu es un bijou. En Islam tu es un trésor, tu es un bijou. On ne t’expose pas, on ne se sert pas de toi comme d’une marchandise, comme aujourd’hui les médias le font. On te considère comme étant une perle précieuse, qu’on doit protéger. Et c’est pour ça que dans notre religion, il y a plusieurs textes qui appellent à protéger la femme, à être bienfaisant envers la femme.

[01:26] Notre prophète `alayhi sallat wa sallam, avant sa mort, parmi ses dernières recommandations il y avait la prière, et, « attention à vos femmes ». Et aujourd’hui ma sœur, si j’ai décidé de m’adresser à toi, c’est pour te faire un rappel sur une chose qui peut, écoute bien, qui peut te nuire, et nuire à autrui. Cette chose n’est autre que ton vêtement, ma sœur.

[01:51] Ma sœur, sache que la Musulmane n’a pas à vivre comme elle veut. Et elle n’adore pas Allah comme elle le veut, mais plutôt comme Allah le veut. Donc on se doit de se conformer aux paroles d’Allah, et de son bien-aimé Muhammad subhân Allâh wa `alayhi sallat wa sallam.

[02:09] Ma sœur toi qui m’entends, toi qui a beaucoup de qualités, mais qui as un problème au niveau de la tenue vestimentaire, et qui le sais, ou qui ne le sais pas, qui le fais inconsciemment. Toi qui t’habilles serré. Toi qui ne portes pas encore le hijâb. Toi qui t’habilles avec des vêtements transparents. Toi qui t’habilles trop court. Toi qui mets trop de maquillage. Toi qui as un beau piercing dans le nez. Toi qui mets du rouge à lèvres visible à trois kilomètres. Ma sœur, toi qui avant de sortir, tu mets tes cheveux dans le Moulinex et tu nous fais un super brushing. Ma sœur, toi qui m’écoutes, écoute comment la Musulmane doit s’habiller en Islam.

[02:57] « Oui mais pourquoi tu parles des vêtements ? » Parce que ta tenue vestimentaire, si elle est provocante, si elle est attirante, elle peut attirer certains loups qui circulent, dans la rue et ailleurs. Et on t’a dit, et on s’est mis d’accord, que tu es une perle précieuse qu’on doit protéger. Donc les conseils que je vais te donner aujourd’hui ont pour but que tu saches que tu n’es pas une marchandise qu’on expose, et que le but n’est pas de faire plaisir à tes ami(e)s, de faire plaisir à tes camarades de classe, et de t’habiller comme elles afin qu’elles te disent « ah, elle est adaptée, elle est bien intégrée, et cætera ». Non. Le but, c’est que tu recherches ce qui satisfait Allah subhânahu wa ta`âla.

Tu le vois, le vêtement qui satisfait Allah subhânahu wa ta`âla, et si je parle du vêtement, je le répète encore une fois, c’est parce que par le vêtement tu peux être une grande tentation, tu peux attirer des hommes, et on sait très bien que les hommes sont très fragiles. Il suffit d’un peu de couleur, de vêtements serrés, d’un brushing, d’un maquillage ou autre, pour qu’il aille draguer une femme, il l’arrête dans la rue ! Il essaie de l’aborder, et il essaie de prendre son numéro de téléphone, et la suite vous connaissez.

Et combien on reçoit d’emails : « salâm `alaykum, je suis enceinte, je sais pas comment faire, est-ce que je dois dire ça à mes parents ? Est-ce que c’est harâm d’avorter ? » Ça a commencé par quoi ? Par quoi ? Un regard, une parole, un échange de numéros, et l’homme, qu’est-ce qui l’a attiré le plus ? Le vêtement. Le physique de la femme.

Donc en étant pudique, en te couvrant, en mettant le vêtement que la femme musulmane doit porter, sache que tu garantis bi-idhni-llâh d’éloigner les loups.

Peut-être qu’il y aura des hommes qui voudront se marier avec toi, mais là, ce sera plus les mêmes hommes. Il s’agira de pieux, d’hommes qui auront un minimum de comportement, qui vont pas t’aborder, ma sœur, comme un animal. Non ! Y’a déjà le respect. W-Allâhi, demandez aux sœurs qui portent des vêtements amples, « est-ce que vous êtes respectées dans le rue par même les voyous, ou pas ? » Elles vous le diront. Elles vous diront : « na`am [oui], on est respectées ». Et demandez à la sœur qui s’exhibe, ou qui s’habille d’une manière provocatrice, est-ce qu’elles se sont déjà fait insulter, ou pas ? W-Allâhi elles se sont déjà fait insulter pour certaines. Il suffit qu’elle sorte dans un quartier, elle se fait insulter, ouvertement. Pourquoi ? A cause de sa tenue, alors qu’il est possible que cette sœur ait un bon fond, et qu’elle aime la religion, et qu’elle aime Allah, et qu’elle aime le Coran et qu’elle aime le Prophète `alayhi sallat wa sallam, et il est possible même qu’elle prie la nuit. Mais le problème, c’est que nous on n’est pas en train de dire, ma sœur, que la femme égale vêtement, ou « la religion c’est le vêtement ». Non ! On n’est pas en train de dire aussi, que toute la religion est basée sur l’apparent, mais l’apparent est important. L’apparent est important. Et bien-sûr, plus important que ça, c’est le cœur, et je te rejoins quand tu dis : « faut travailler le cœur car certaines portent le voile et sont mauvaises ». Ton rôle, ça sera de porter le voile, et d’être in châ’ Allâh une pieuse, pour montrer l’exemple, et de montrer comment doit être une femme musulmane.

Alors ma sœur, t’es prête ? Tu vas écouter, sans te fâcher. Tu te fâches pas après. Tayeb [OK], on est partis. On est partis ma sœur.

[6:16] Allah subhânahu wa ta`âla a ordonné au Prophète `alayhi sallat wa sallam de faire porter à ses épouses, mais pas simplement à ses épouses, et là on va le voir, le hijâb.

Le hijâb, Allah tabâraka wa ta`âla [béni et loué soit-il] a dit : « Yâ ayyuhâ an-nabî, qul li azwâjika wa banâtika wa nisâ al-mu’minîn yudnîna `alayhinna min jalâbîbihinna. Dhâlika adna an yu`rafna, falâ yu’udhayn, wa kân Allâhu ghafûr wa rahîm »[16]. Allah a dit : « Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants » – et aux femmes des croyants, et ma sœur, tu fais partie des femmes des croyants – « et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles« [17].

[6:59] Ah, c’est cité dans le Qur’ân ? Oui, le voile est cité dans le Coran. Où ? Ecoute avec moi, sourate al-ahzâb, sourate 33 verset 59, comme ça tu pourras le vérifier, tu diras pas : « mon frère Nader et en train d’inventer ». Non. Ecoute bien : « Ô Prophète, dis à tes épouses » – il dit pas c’est seulement aux épouses, suis avec moi – « dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants », et cette troisième phrase est valable jusqu’au jour dernier, « et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles ».

[7:27] Subhân Allâh, tu vas me dire oui, mais qui dit que l’interprétation, c’est de porter le hijâb ? Ecoute avec moi. `Aïcha radhî Allâhu `anhâ tu sais c’est qui ma sœur ? `Aïcha était l’épouse du Prophète `alayhi sallat wa sallam, l’épouse que le Prophète `alayhi sallat wa sallam aimait le plus, et la plus savante parmi les épouses du Prophète `alayhi sallat wa sallam. Elle dit que lorsque la sourate la lumière, an-nûr, a été révélée, avec le verset du hijâb[18], les hommes accoururent chez eux pour en informer leurs épouses, leurs mères et leurs filles, qui appliquèrent aussitôt le verset : elles se présentèrent le lendemain à la prière de l’aube enveloppées de leur hijâb, silencieuses et immobiles[19].

[8:09] Et là tu vas me dire : « mais t’as dit sourate an-nûr, t’as pas dit sourate al-ahzâb« [20]. Tu veux savoir ce qu’Allah subhânahu wa ta`âla a dit dans sourate an-nûr ? Allah il dit : « Wa qul li-lmu’minât yaghdûdna min absârihinn, wa yahfazna furûjahunn, wa lâ yubdîna zînatahunna illâ mâ zahara minhâ, wa lyadribna bikhumurihinna `ala juyûbihinna« [21]. Allah il dit : « Et dis aux croyantes de baisser leur regard »[22]. Quand elle marche dans la rue, elle est pas en train de lâcher des lasers aux hommes. D’accord ? Les hommes d’aujourd’hui, ma sœur, ils sont faibles, ils craquent vite. Il marche, une sœur elle le regarde, même sans le faire exprès, il tombe par terre, ou bien il va parler à son pote : « eh t’as vu, t’as vu, elle m’a regardé ! » C’est vrai ou c’est pas vrai ? Il se fait des films ! Il suffit que la boulangère elle lui dit merci avec un sourire, il dit « t’as vu, t’as vu, elle me kiffe ! » Les hommes ils se font des films, ma sœur. Donc si tu sais qu’ils se font des films, fais attention. Fais attention, Allah il dit : « Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît ». Certains savants ont dit : donc, c’est le visage et les mains[23].  « Et qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine« . Voilà ! « Et qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine », `Aïcha radhî Allâhu `anhâ a dit que lorsque les femmes, à l’époque du Prophète `alayhi sallat wa sallam, ont entendu la révélation de ce verset, elles ont toutes porté le hijâb[24] le lendemain. Elles ont exécuté l’ordre d’Allah. Elles ont exécuté l’ordre d’Allah, elles n’ont pas négocié, elles n’ont pas dit « oui mais, oui mais, oui mais », comme aujourd’hui. Non.

[9:31] Donc premièrement, ma sœur, sache que tu dois porter le hijâb. Tu dois.

« J’hésite… ». Porte-le ! « Je sais pas ». Porte-le ma sœur. Porte-le !

En fait, le regard des gens, ma sœur, fais le premier pas, et tu verras qu’après ça va être facile. Le premier jour, tu vas avoir du mal avec le regard des gens. Le deuxième, le troisième, et après tu verras tu te sentiras à l’aise. Et demande à Allah dans tes invocations, quand tu es en prière, « ya Allâh, facilite-moi le hijâb« . Et dis pas : « mais, je suis pas prête ». Quand est-ce que tu seras prête ? Ou ne dis pas : « petit-à-petit ». Ne dis pas petit-à-petit, et ne dis pas aussi : « j’ai peur de le faire parce que ça va choquer les gens ». Ma sœur, écoute-moi.

[10:17] W-Allâh al-`azim [par Dieu le très majestueux] il y a beaucoup de gens autour de toi qui font énormément de harâm, et qui choquent, et qui le font sans hésitation. Ceux qui fument, ceux qui s’embrassent dans le rue, ceux qui… j’en passe, d’accord ? W-Allâhi, ils roulent des gens, et cætera, et cætera. Est-ce que eux, ils choquent ou pas ? Oui ! Est-ce qu’ils ont honte ? Non. Et toi, tu as honte d’obéir à Allah, en pensant que ça va choquer ? Non. Ça c’est un raisonnement très mauvais.

[10:47] Et sache que dans tout ça, le diable a joué un grand jeu, et au final, ce qu’il veut c’est ta perte. Et moi, je veux pas ta perte. Donc le hijâb, pense-s-y, rapidement. Ne dis pas « oui mais si je le porte, en fait, il va se… » :  porte-le ! Tawakul `ala Allâh, place ta confiance en Allah. Penses-tu que quelqu’un en obéissant à Allah va souffrir dans ce bas monde ?  Va être malheureux dans ce bas monde ? Va être éprouvé jusqu’au point où il va sentir qu’Allah subhânahu wa ta`âla ne le soutient pas du tout ? Non ! Il est possible que tu sois éprouvée, mais tu verras toujours que si tu es proche d’Allah, tu auras le soutien.

[11:22] Et le hijâb ma sœur, n’est pas simplement le bout de tissu qu’on met sur la tête. Parce que certaines de nos sœurs, faut les voir, elles portent un hijâb cabriolet : elles mettent le hijâb, on voit la moitié de ses cheveux ici, et qu’à un moment elle peut même te faire une teinture, ou te lâcher une mèche comme ça, avec des grosses boucles d’oreille, comme ça, les anneaux, là, et elle se dit : « là, j’ai porté le hijâb« . Là, t’as porté un hijâb qu’a besoin d’un hijâb. OK ma sœur ?

[11:52] Le hijâb, la base, couvre les cheveux, oreilles, on doit rien voir[25]. On doit RIEN voir. D’accord ?

Mais le hijâb n’est pas simplement le tissu que tu mets sur la tête, car certaines de nos sœurs, qu’Allah subhânahu wa ta`âla les guide, leur facilite de porter le vêtement des femmes du Prophète `alayhi sallat wa sallam et des compagnons, […], certaines sœurs pensent qu’il suffit juste de ça, et avec ça, jean moulasse, talons aiguille, tunique super serrée, parfumée tu la sens de la gare du Bourget, et cætera, et cætera, et cætera. Non ! Pareil.

[12:36] Le hijâb faut que tu saches, ma sœur, en Islam, que c’est l’ensemble du vêtement, et qu’il doit être ample. Pourquoi ? Pour pas décrire tes formes. Pourquoi ? Pour pas attirer les hommes. Pourquoi ? Pour pas finir sous les mains d’un loup.

[12:51] En étant comme ça, bi-idhni-llâh, en étant pudique, Allah subhânahu wa ta`âla t’éloignera des mauvaises personnes. En t’exposant, c’est un danger. De même que quand tu portes le hijâb, c’est pas simplement, comme on l’a dit, et on le répète, le bout de tissu. D’accord ? Ou bien, elle va porter le bout de tissu et une robe, mais des paillettes, une barrette jaune fluo, d’accord ? Ou bien le vêtement il est super flash. Le vêtement, et ça c’est la deuxième condition, donc le premier c’est que tu portes le hijâb, deuxièmement, c’est que le vêtement ne doit pas être un objet de beauté en soi[26]. D’accord ?

[13:30] Ca veut dire quoi, ça ? Il est en train de dire que la femme elle doit s’habiller comment ? Elle doit être moche dans la rue ? Non ! Elle doit pas être, comment ? Attirante. Elle doit être discrète, simple. Une sœur qui sort en rouge fluo, clair et net que lorsqu’un homme il passe, il la flashe comme un radar. Et c’est aussi un danger, parce que le but, c’est de préserver cette perle précieuse. Donc, les couleurs flashantes, on essaie d’éviter.

[13:54] « Euh, donc, que noir ? » J’ai pas dit ça. J’ai pas dit ça ! Me fais pas dire ça [….] J’ai pas dit ça. Non ! Il y a plusieurs couleurs, tant qu’elles ne sont pas, tant qu’elles ne sont pas quoi ? Flashantes. Donc le rouge fluo, jaune fluo, rose fluo, oh, la panthère rose ou quoi ! Donc ça, c’est la deuxième condition.

[14:14] Troisième condition, que le vêtement ne soit pas transparent[27]. Ma sœur s’il te plait regarde, on va parler gentiment. A quoi sert ce bout de tissu sur ta tête si ton pantalon il est transparent au point où… je passe les détails. A quoi sert cette tunique si elle est transparente, ou ta robe si on voit ce qu’il y a derrière, ou en dessous ? Ma sœur, excuse-moi d’utiliser des termes aussi secs, mais à un moment il faut se remettre en question. Non ! Le but, c’est que tout ça soit couvert, caché. Donc le vêtement qui est transparent, c’est un danger. C’est un danger. C’est UN DANGER. Et une femme pudique musulmane ne peut pas porter ce vêtement. Donc, ne pas être… donc le troisième point, c’est que le vêtement ne soit pas transparent, et de même, qu’il ne dessine pas les formes. Dessiner les formes, c’est quoi ? Les slips d’aujourd’hui, d’accord ? Les jeans super serrés, les pantalons super serrés, les tuniques super serrées. « Ouais mais va-y, regarde, t’es en train de nous dire quoi ? T’es en train de nous dire qu’en vérité, on n’a pas droit d’être belles ! » Si ! A la maison, pour ton mari, dans ta famille, et cætera, pas de problème. Tant qu’il n’y a pas d’homme étranger. Mais dans la rue, tu veux être belle pour qui ? D’accord ? Dans la rue, tu dois être présentable, propre, et cætera, d’accord ? Mais pas attirante. Et si al-hamdu li-llâh [grâce à Dieu] certaines de nos sœurs sont belles sans rien, on va pas lui dire « rends-toi moche ». D’accord ? Mais, pour ce qui est de la sœur qui s’habille serré, qu’elle sache que c’est dangereux. W-Allâh al-`azim c’est dangereux. Et le Prophète `alayhi sallat wa sallam a décrit, parmi les gens de l’enfer, qu’il y aura des femmes, écoutez bien mes sœurs, des femmes mi-nues mi-vêtues[28]. Il a dit qu’il y a des gens qui iront en enfer. Parmi ces gens-là, il y a une catégorie de femmes. Comment elles sont ? Elles sont mi-nues mi-vêtues, c’est-à-dire, elle est habillée sans vraiment l’être. Ou bien, elle est tellement habillée serrée qu’on dirait qu’elle est pas habillée. Mi-nue, mi-vêtue. Ma sœur, j’ai peur pour toi du feu de l’enfer. W-Allâh al-`azim j’ai peur pour toi. W-Allâh j’ai peur pour toi. Ne prends pas ce risque, pour être belle et attirante et fashion et à la mode. Non. Si tu veux suivre quelque-chose, c’est le Coran et la Sunna du Prophète `alayhi sallat wa sallam.

[16:25] Quatrième condition, le parfum. A éviter. « Ah la la, ah il nous met le paquet, le frère ». Non, ma sœur, regarde, c’est pas moi, regarde le Prophète `alayhi sallat wa sallam, qu’est-ce qu’il dit ? Regarde avec moi ce qu’il dit `alayhi sallat wa sallam, Abu Mûssa [] a dit, que le Prophète `alayhi sallat wa sallam a dit : « Toute femme qui se parfume, puis passe près de gens pour qu’ils sentent son odeur, est fornicatrice »[29]. Ils sentent son odeur, ils sentent ton odeur, ma sœur, en Islam, le Prophète `alayhi sallat wa sallam c’est pas moi, il dit que tu es considérée fornicatrice. Là, franchement, honnêtement, w-Allâhi, si je te dis ces paroles c’est pas pour te traumatiser, ou pour te rendre la vie moche. Non. C’est simplement parce que j’ai peur pour toi. Et par contre, si tu veux te parfumer à la maison pour ton mari, pour n’importe qui, dans la maison tant qu’il n’y a pas d’homme étranger, il n’y a pas de mal. Mais dans la rue, ça attire. Et donc comprends, en fait, que dans tous ces points qu’on est en train de citer, il y a un point en commun, c’est qu’il faut pas que tu attires, dehors, les hommes. Il ne faut pas que tu les attires. Et le parfum, ça attire, et ça a dû arriver plus d’une fois : un homme, il marche, dans le couloir, d’accord, dans une correspondance dans le métro, et par un parfum, il se retourne pour voir à quoi ressemble cette femme. C’est pas déjà arrivé ?  C’est pas déjà arrivé ? Et d’ailleurs, certaines vident des flacons, pourquoi ? Pour se faire remarquer dans la rue. Non ! Non ma sœur. Ça, c’est à éviter. Complètement. Dès maintenant, tu dis : « je le fais pas ». D’accord ? Pour qui ? Pour Nader ? Mais non, jamais de la vie ! Nader il mérite rien, c’est pour Allah `azza wa jall [puissant et vénéré] que tu fais ça.

[17:53] Cinquième condition, ne pas ressembler aux vêtements masculins[30]. Elle met des vestes de motard, des jeans d’homme, et cætera, et cætera. Non ma sœur. La femme, elle a son vêtement, l’homme il a son vêtement. Et n’oublie pas qu’on ne change pas de personnalité comme ça, c’est pas, un jour la femme elle dit, « je veux devenir un homme ». Certes, on a des catégories de sœurs, qu’Allah les guide, elles se prennent pour des hommes. Vous vous en rappelez ? Même j’en ai vu, moi, à l’époque : elle a le survet’ wa [et] les chaussettes, une casquette, elle s’habille en mode voyou, racaille, elle crache par terre, wa j’t’amène [?], elle me checke, c’est vrai ou c’est pas vrai ? Ça, tout ça c’est dangereux. Eloigne-toi de tout ça. Une femme, tu restes une femme. D’accord ? T’es une femme, tu restes une femme. Et même après le mariage. C’est pas, tu te maries avec un homme, tu veux que ce soit une femme et c’est toi le capitaine, qui dirige le bateau. Fais très attention ma sœur. Donc ça c’est la cinquième condition.

[18:47] Sixième condition, c’est que ton vêtement ne comporte pas de croix. Ça, je pense qu’in châ’ Allâh, nos sœurs font attention à ce point. Le Prophète `alayhi sallat wa sallam, comme le rapporte `Aïcha radhî Allâhu `anhâ, ne laissait rien dans sa demeure représentant des croix sans le détruire. Rapporté par al-Bukhari[31].

[19:03] Septième condition, il ne doit pas y avoir de représentation figurée. Elle a un vêtement, d’accord, même à la maison avec son mari, elle a un tee-shirt où il y a la tête d’une femme. Ou un animal. Ça, c’est interdit, c’est à éviter. On enlève. On rase.

[19:20] Huitième condition, il ne faut pas que le vêtement soit confectionné à partir d’une matière qui est illicite. D’accord ? Donc par exemple, mettre un vêtement fait de peau de léopard, ou de porc, ou autre, ça c’est interdit, on évite.

[19:39] Neuvième condition, que le vêtement n’incite pas à l’orgueil et à la vantardise. Certains portent… même, je parle pour mes sœurs, je parle même pour mes sœurs, je parle pour la sœur qui, des fois, vous portez un sac à main, là regarde elle a un jilbâb, ou un vêtement ample, d’accord, hijâb ample, discret, pas de maquillage, pas de peinture, pas de ceci, pas de, tu vois, de truc bizarre, mais en parallèle, elle a un sac à main, mon frère, Louis Vuitton, elle l’a payé 500 euros et elle le porte pour la vantardise. Non ma sœur, la modestie, sois humble. Sois humble. « Ouais, mais j’ai le droit d’avoir un beau sac ! » Oui, t’as le droit d’avoir un beau sac. Reste dans le juste milieu. Reste dans le juste milieu.

[20:24] Dixième condition, c’est ne pas commettre d’excès dans les vêtements. Ne pas commettre d’excès. Ça rejoint un petit peu le point de la vantardise. Ça rejoint ce point. Je vais acheter des vêtements, j’ai même les moyens d’acheter beaucoup de vêtements, ou un vêtement qui coûte cher, je ne commets pas d’excès. Parce qu’Allah subhânahu wa ta`âla a dit, que ceux qui commettent des excès sont les frères du ? Du diable. Inna al-mubadhirîna kânû ikwâna ach-chayâtîn[32]. Ma sœur, tu veux être le frère du diable ? Non. Donc pas d’excès.

[20:57] Aussi, pas beaucoup de vêtements ostentatoires, ça c’est la onzième condition. Elle porte un vêtement particulier, pour qu’elle soit reconnue. Qu’elle soit reconnue. Ça c’est très, très dangereux. C’est très, très, très dangereux.

[21:14] Et les vêtements, ça c’est douzièmement, qui sont des vêtements qui ressemblent à ceux des égarés[33]. Faire très attention. Un égaré qui a l’habitude de porter tel vêtement, ou des égarés qui portent ce style de vêtement, toi, ma sœur, tu dois pas porter ce vêtement. Si c’est un vêtement, par exemple, de voyou, ou un vêtement que seuls les délinquants ou les mauvaises personnes portent, toi non. Tu dois pas porter ça. Tu dois être différente. Toi tu es simple, humble, perle précieuse, discrète, tu n’attires pas les loups. Possible que tu vas attirer un homme pieu, mais l’homme pieu, normalement, lui il saura comment faire sa demande, tandis que le loup, lui c’est du rentre dedans direct, et après c’est des dégâts et des dégâts et des dégâts, donc ma sœur, qu’Allah subhânahu wa ta`âla te préserve, ne prends pas mal ce que je te fais, comme rappel, mais c’est pour ton bien.

[22:03] Un vêtement ample, à partir d’aujourd’hui, d’accord ? Je sais que tu portes peut-être pas encore le hijâb. Porte le hijâb, et essaye rapidement de voir avec les vêtements que t’as dans ton placard, parce que t’es en train de dire : « mais qu’est-ce que je vais en faire ? Est-ce que je les donne à mes copines ? Est-ce que je les vends ? » Garde-les, comme ça tu les portes à la maison pour ton mari. D’accord ? Ou donne-les à quelqu’un qui est marié. Mais que ça se porte pas dans la rue, car sinon tu seras la cause d’un pêché, et ça, faut faire attention, donc ma sœur, tu portes des vêtements amples, des vêtements discrets, qui n’attirent pas les gens. Petit-à-petit, d’accord ? On n’est pas en train de te dire : « tu passes du coq à l’âne », mais s’il te plait, cherche à évoluer rapidement, et prends une ferme décision de porter le hijâb. Le vrai hijâb, le hijâb de `Aïcha radhî Allâhu `anhâ, de Khadija, de Oumm Salama, Oumm Sulaym, Hafsa[34], et d’autres, et pas le vêtement fashion qu’on voit aujourd’hui, là, le hijâb taiwanais, non. Le vrai hijâb ma sœur, qu’Allah subhânahu wa ta`âla te préserve d’avoir écouté ce rappel, et j’espère bi-idhni-llâh que tu prendras la décision de porter le vêtement que qu’Allah subhânahu wa ta`âla aime, et son prophète `alayhi sallat wa sallam, sans te soucier de ce que les créatures aiment.

[invocation et bénédiction de clôture, chants].

Odile Fillod – février 2017

Texte modifié le 22 février pour prendre en compte une remarque concernant le surnom « Abou Anas ».

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[1] Sur sa page Facebook le 12 septembre 2015, et le 14 sept sur le site Contre-attaques avec un lien hypertexte ajouté sur « pathétique et énième polémique à propos du « Salon de la femme musulmane » » pointant vers un article du Figaro relayant des propos d’Isabelle Kersimon et de Caroline Fourest.

[2] Voir le fil de commentaires sous cet article publié sur le blog de Christine Delphy : https://delphysyllepse.wordpress.com/2015/10/27/apres-charlie-plaidoyer-pour-tordre-le-baton-dans-lautre-sens/.

[3] Publiée sur la chaîne « NaderAbouAnas » avec le logo de Dourous.net. J’en ai bien-sûr conservé une copie au cas où elle serait elle aussi supprimée du web.

[4] Dans la vidéo intitulée « 30 minutes pour te convaincre de porter le hijab » postée le 28/12/2011 sur la chaîne YouTube de Rachid Abou Houdeyfa, ce dernier expliquait entre autres : « Allah jalla jalâluhu t’a ordonné de porter le hijâb al-char`i. Et où est ton hijâb quand tu sors en disant, ici, « moi j’ai de la pudeur » ? Où est ton hijâb ? Comment une femme peut dire « moi je suis une femme qui a beaucoup de pudeur » alors qu’elle sort de chez elle sans son hijâb ? Le hijâb, c’est la pudeur de la femme. Et sans pudeur, la femme n’a pas d’honneur. Et si la femme sort sans honneur, ici qu’elle ne s’étonne pas que les gens, que les frères, que les personnes qui font partie, même, des hommes, que ça soit des musulmans ou des non musulmans, abusent de cette femme-là. Et la négligent. Et l’utilisent comme un objet. »

[5] Dans un montage « à charge » d’extraits d’une conférence de Nader Abou Anas, on le voyait prononcer ces mots : « Allah subhânahu wa ta`âla a dit : les hommes ont autorité sur les femmes. […] Les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari. Voilà la femme vertueuse. C’est celle qui obéit à son mari. Ce n’est pas ma parole, c’est la parole d’Allah subhânahu wa ta`âla. […] La femme, elle ne sort de chez elle que par la permission de son mahram, de son mari. […] Sa place, à la base, Allah subhânahu wa ta`âla l’a fixée dans le Qur’an, il a dit « wa qarna fî buyûtikunna » : « et restez dans vos demeures ». Ça c’est la base. […]  Le soir, il a un besoin, il a une envie, et elle lui dit non, et elle ment, en disant je suis fatiguée, je peux pas, je suis ci, je suis cela, je suis ci je suis cela, et l’homme, il craque. Et donc là, elle a ouvert une porte de [ch???]. Eh ben qu’elle sache que les anges la maudissent toute la nuit, dans le cas où elle se refuse à son mari sans raison valable. Et ce n’est pas ma parole, c’est la parole du Prophète `alayhi sallat wa salam. […] Le mari il est sorti, j’sais pas elle prend le téléphone, « allô, Zoubida, eh devine ce qu’il m’a fait… » Et elle commence à lui dire : t’sais quoi ? Il m’a hagar, il m’a ci, il m’a ça, il m’a ci, il m’a ça, elle salit son honneur. Ya ukhti, même si c’est vrai, préserve l’honneur de ton mari, et n’oublie pas que le Prophète `alayhi sallat wa sallam a dit : celui qui préserve l’honneur de son frère, Allah le préservera du feu de l’enfer. »

[6] Selon le Larousse arabe-français de 1983 (entrée n°1179), le substantif hijâb dérive de la racine h-j-b signifiant cacher, éclipser, voiler, occulter, et les mots qui dérivent de cette racine relèvent de ce champ sémantique de l’occultation. Selon le contexte, hijâb peut ainsi être traduit par cloison, écran, portière, rideau ou encore voile.

[7] Lire par exemple ces deux témoignages de jeunes filles concernant la vidéo « 30 minutes pour te convaincre de porter le hijab » de Rachid Abou Houdeyfa, l’un posté en août 2012 sur la page Facebook « Pourquoi ai-je decidé de porter le voile? », l’autre en janvier 2014 sur la page Facebook « Contre l’islamophobie. Soutenons notre belle religion l’ISLAM ».

[8] Les éléments cités dans ce paragraphe sont tirés des sites institutdclic.fr et dourous.net (accédés en janvier et février 2017).

[9] Voir http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11000.

[10] Dans cette vidéo notamment, Nader Abou Anas arbore un qamis (longue chemise) ainsi qu’une barbe avec la lèvre supérieure rasée, ce qui est typique du Tabligh et du salafisme, ainsi qu’un bonnet plutôt typique du Tabligh. Par ailleurs, il dit s’être formé aux « sciences religieuses » à la madrassa de « Cheikh Ayyoub », or selon la rumeur, celui-ci – qui serait un converti – aurait été proche des Frères musulmans avant de partir étudier en Inde ou au Pakistan (lieu d’origine du Tabligh), puis de fonder cette école à son retour à Paris, en 1986.

[11] Dans au moins une des vidéos de promotion du CCIF, et Marwan Muhammad et lui ont même donné en binôme une conférence sur l’attitude à adopter face aux islamophobes (visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=Xrec0gIozVU).

[12] Le Coran, nouvelle traduction de Malek Chebel, Fayard/Le livre de poche 2009, p.5.

[13] Pour une perspective globale sur ce mouvement (dont les actrices ne se disent pas nécessairement  féministes), voir Margot Badran, « Où en est le féminisme islamique ? », Critique internationale, n°46, 2010, p.25-44, en accès libre ici. Pour un exemple concret de réflexion sur le « hijab » faite par quelqu’un qui se réclame de ce mouvement, voir Asma Lamrabet, « Le « voile » dit islamique : une relecture des concepts », 2012, en ligne sur www.asma-lamrabet.com/articles/le-voile-dit-islamique-une-relecture-des-concepts/.

[14] En français. A noter qu’en arabe, y compris lorsqu’il cite le Coran, Abou Anas ne respecte pas toujours les règles de vocalisation de l’arabe classique (il oublie de marquer certaines déclinaisons).

[15] Ces tissus/vêtements sont désignés par le mot khumur (pluriel de khimâr) dans le verset 31 de la sourate 24 concernant « les croyantes », le mot thiyâb (pluriel de thaub) dans le verset 60 de la sourate 24 concernant « les femmes ne pouvant plus enfanter et n’espérant plus le mariage », et le mot jalâbîb (pluriel de jilbâb) dans le verset 59 de la sourate 33 concernant « les femmes des croyants ».  Le verset 53 de la sourate 33 est parfois également invoqué, et utilise quant à lui le terme hijâb. Cependant, il concerne spécifiquement les « épouses du Prophète », et ce lorsqu’elles sont dans leur maison et que le Prophète y reçoit des étrangers. De plus, dans ce verset il n’est pas du tout décrit comme un vêtement qu’elles devraient porter, mais comme une chose au travers de laquelle les visiteurs doivent veiller à s’adresser à elles le cas échéant. Ce contexte a conduit plusieurs traducteurs du Coran à le rendre par « cloison » ou « rideau », plutôt que « voile ».

[16] Coran, sourate 33 (al-ahzâb, « les factions » ou « les coalisés ») révélée à Médine, verset 59, pouvant être traduit ainsi : « Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs mantes/tuniques [jalâbîbihinna] ; c’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et de ne pas être importunées/offensées. Allah pardonne et est miséricordieux ». Jalâbîb est le pluriel de jilbâb, dont le Larousse arabe-français 1983 indique qu’il signifie tunique ou robe, et qu’il en dérive le verbe utilisé dans les expressions « se draper dans sa dignité » et « se couvrir de gloire » (entrée n°1029). Dans leurs traductions respectives du Coran, Jacques Berque indique que le jilbâb évoqué ici servait à distinguer les femmes libres (hurra) de celles de condition inférieure (esclaves, prostituées non sacrées), et Malek Chebel qu’il s’agissait d’une distinction réservée « au harem du prophète et aux femmes libres (hûrra) ». Compte tenu du mot utilisé et du contexte de ce verset, il paraît bien plus logique d’y lire une invitation à signaler son appartenance sociale par son vêtement que comme une invitation à la pudeur. Par ailleurs, il n’est nullement dit que ce vêtement ou accessoire se porte sur la tête, et encore moins qu’il devrait couvrir les cheveux, les oreilles ou quoi que ce soit de précis.

[17] Bien que conforme à certaines traditions, la traduction faite par Nader Abou Anas est très discutable par son emploi du mot « voile », surtout qu’il fait croire ici que « grand voile » est la traduction de « hijâb » (voir la note précédente).

[18] Il n’y a pas de « verset du hijâb » dans cette sourate, qui encore une fois ne contient pas le mot hijâb.

[19] Abou Anas s’inspire manifestement d’une exégèse d’un hadith d’al-Bukhârî – en outre en la déformant, notamment en employant le mot hijâb qui en est absent – faite dans le livre Fath al-bârî, dont l’auteur a vécu entre le XIVème et le XVème siècle. L’information selon laquelle le hadith en question porte le n°4481 dans le recueil d’al-Bukhârî circule dans diverses sources en ligne (ex : www.maison-islam.com/articles/?p=374), qui indiquent que ce hadith rapporte que `Aïcha a dit : « Que Dieu fasse miséricorde aux femmes émigrantes premières ! Lorsque Dieu révéla : « Et qu’elles ramènent leur khimâr sur leur encolure », elles firent plusieurs pièces de leurs pièces de tissu et se couvrirent avec ». Le hadith qui porte ce numéro dans la copie du recueil d’al-Bukhârî dont je dispose n’a rien à voir avec ça, mais contient au n°4758 un hadith selon lequel Ahmad ibn Chabîb a dit que selon untel, untel a dit que (etc) `Aïcha avait dit que quand Dieu révéla : « Et qu’elles ramènent leurs khumur sur leurs juyûb« , « les premières femmes émigrantes » (nissâ’ al-muhâjirâti al-uwal) ont déchiré leurs tuniques (murûtahunna) et en ont fait des khumur avec lesquels elles se sont couvertes (fâ-ikhtamarna bihâ).

[20] En effet, la sourate al-ahzâb (33) n’a rien à voir avec la sourate an-nûr (24) et ne parle clairement pas de la même chose, ce qu’il masque par l’emploi du mot « voile » dans les deux cas.

[21] Coran, sourate 24 (an-nûr, « la lumière ») révélée à Médine, début du verset 31 pouvant être traduit ainsi : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de protéger leur intimité, et de ne montrer de leurs atours que ce qui peut être vu, et de rabattre leurs mantilles/fichus [khumur] sur leurs ouvertures/échancrures [juyûb], […] ». khumur est le pluriel (parce que « croyantes » est au pluriel) de khimâr, qui selon le Larousse arabe-français 1983 (entrée n°1612) désigne spécifiquement un voile de visage (mantille ou voilette), avec un verbe dérivé signifiant « se voiler le visage (femme) ». Suivant l’exégèse traditionnelle majoritaire du Coran, la traduction conventionnelle de juyûb (pluriel de jayb) dans ce verset est « poitrine », comme s’il était fait référence à une échancrure que comportait alors le vêtement au niveau du décolleté. En effet, selon le Larousse arabe-français (entrée n°1134), jayb signifie ouverture, poche, sac ou sinus (en mathématique, i.e. l’ouverture d’un angle, et en anatomie pour désigner par exemple le sinus frontal si on ajoute l’adjectif « frontal), et il dérive d’une racine signifiant couper, fendre, ou ouvrir (un vêtement). Dans sa traduction du Coran, Jacques Berque considère que khimâr désignait un fichu, au sens d’un morceau de tissu susceptible d’être utilisé pour se couvrir, et traduit ce passage par « rabattre leur fichu sur les échancrures de leurs vêtements ». Cette traduction du mot jayb est cohérente avec le verset 32 de la sourate 28, où il est dit à Moïse « Introduis ta main dans ton jayb », traditionnellement traduit par « Introduis ta main dans l’ouverture de ta tunique ». Certains critiques de la traduction traditionnelle de la sourate 24 avancent que dans celle-ci, jayb pourrait en fait désigner le sexe des femmes. A contrario, les exégètes wahhabites du Coran considèrent que khimâr désigne exclusivement un voile de visage, et que ce verset (ainsi que son interprétation par les femmes dont a parlé `Aïcha selon le hadith cité dans la note précédente) signifie donc que les femmes doivent couvrir leur visage. C’est la traduction la plus correcte littéralement si l’on se fie au Larousse arabe-français, mais le sens qu’a pris ou conservé ce mot au fil du temps découle peut-être d’une tradition préislamique entérinée en Arabie par cette interprétation du Coran…

[22] Certes, mais dans cette même sourate 24, le verset précédent (30) commence par : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de protéger leur intimité ». La même chose – exactement, exprimée avec les mêmes mots – est donc demandée aux hommes, ce que Nader Abou Anas et ses innombrables semblables se gardent bien de professer avec véhémence.

[23] C’est en effet ce qu’un certain nombre d’exégètes du Coran ont dit, mais absolument rien dans le Coran (ni même les hadiths) ne l’indique explicitement.

[24] C’est faux, comme on l’a vu plus haut.

[25] Selon nombre de « savants » de l’islam, mais rien dans le Coran ni les hadiths ne l’indique explicitement.

[26] Rien dans le Coran ne soutient cette affirmation, et je n’ai pas trouvé de trace de formulation en ces termes de cette « condition » soutenue par une référence à un hadith.

[27] Sans doute d’après le hadîth n°2128 du Sahih de Muslim, qui évoque parmi les « gens de l’enfer » une catégorie constituée de femmes « habillées mais qui sont nues, qui font pencher les gens et qui elles-mêmes penchent », et dont les têtes « sont comme des bosses de chameau penchées ». Cette dernière précision, habituellement interprétée comme désignant des femmes qui « grossissent leur tête » avec leurs cheveux ou avec des ajouts capillaires, est peut-être ce qui lui fait dire au début du prêche que les femmes ne doivent pas faire de brushing.

[28] Sans doute d’après le hadîth n°2128 du Sahih de Muslim cité dans la note précédente.

[29] Sans doute d’après le hadîth n°4173 du Sunan d’Abu Dawûd, qui attribue à Abu Mûssa ce témoignage d’une parole du Prophète. Ce hadîth est également présent (au n°2786) dans le recueil d’Al-Tirmidhî, sous une forme un peu différente et avec des précisions sur sa chaîne de transmission. On peut traduire ce dernier ainsi : « Mouhammad ibn Bachchâr a rapporté que Yahia ibn Sa`îd al-Qattân a rapporté que selon Thâbt ibn `Imârat al-Hanafiyyi, selon Ghunaym ibn Qayss, selon Abu Mûssa, le Prophète – la prière de Dieu et le salut soient sur lui – a dit : « tout œil est adultère, et la femme qui se parfume et passe à côté d’une assemblée [majliss] est telle et telle, c’est-à-dire adultère ». Et cela ressort d’Abu Hurayra. Abu `Issa a dit que ce hadith est hassan sahîh ». Abu Hurayra est un célèbre compagnon du Prophète a qui sont attribués plusieurs milliers de hadiths, et « hassan sahîh » est une expression propre à la compilation d’Al-Tirmidhî, signifiant que ce hadith est considéré soit comme seulement « bon », soit comme « authentique » selon les savants. Le mot arabe utilisé dans ce hadith ne signifie pas « fornicatrice » ou « prostituée », mais bien « adultère ».

[30] Soit d’après le Sunan d’Abu Dawûd, hadith n°4098, rapportant que selon Abu Hurayra, le Prophète « a maudit les hommes qui portent des habits de femmes et les femmes qui portent des habits d’hommes », soit d’après le sahih de Bukhâri, hadiths n°5885 et n°5886 selon la version dont je dispose, rapportant pour le premier que selon Ibn `Abbâs, le Prophète « a maudit les hommes qui ressemblent [ou ont les manières des] aux femmes et les femmes qui ressemblent [ou ont les manières des] aux hommes », et pour le second que toujours selon Ibn `Abbâs, le Prophète les a maudit et a ajouté : « Faites les sortir de vos maisons ». Rem : on trouve quelque-chose de très proche au verset 5 du chapitre 22 du Deutéronome, l’un des livres qui forment l’Ancien Testament (voir par exemple https://bible.catholique.org/livre-du-deuteronome/3641-chapitre-22).

[31] D’après le Sahîh d’al-Bukhârî, hadith n°5952 selon la version dont je dispose, rapportant que untel a dit que (etc), selon `Imrân ibn hittân, `Aïcha a raconté que le Prophète « ne laissait rien dans sa maison qui comporte un croisement sans le défaire ».

[32] Début du verset 27 de la sourate 17 du Coran, traduisible par : « Car ceux qui gaspillent sont les frères de Satan ». Le verset d’avant dit de donner au proche parent ce qui lui est dû, ainsi qu’aux pauvres et aux voyageurs, mais de ne pas gaspiller.

[33] Rien ne correspond à cela dans le Coran. Cette prescription relève d’une tradition visant à se différencier des non-musulmans, mais je n’ai pas retrouvé de trace fiable des hadiths habituellement invoqués pour la justifier (il existerait un hadith cité par Muslim selon lequel le Prophète aurait dit à quelqu’un de ne pas porter des habits jaunâtres parce qu’ils seraient portés par les mécréants, et un hadith cité par Abu Dawûd selon lequel le Prophète aurait dit que celui qui imite des gens est considéré comme l’un des leurs. Selon Malek Chebel, « Il semble que le vocable coranique « les égarés » (ad-dhâllin) désigne essentiellement les chrétiens, tandis que l’expression « ceux qui sont l’objet du courroux d’Allah » […] désigne les juifs » (Dictionnaire encyclopédique du Coran, Fayard/Le livre de poche, 2009, p.142).

[34] Les trois premières et la dernière étaient des épouses du Prophète, la quatrième la mère d’un de ses compagnons.

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